Atelier 3 : Psaume 95 (94)



Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut !

Allons jusqu'à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !

Oui, le grand Dieu, c'est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les dieux :

il tient en main les profondeurs de la terre, et les sommets des montagnes sont à lui ;

à lui la mer, c'est lui qui l'a faite, et les terres, car ses mains les ont pétries.

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits.

Oui, il est notre Dieu ;  nous sommes le peuple qu'il conduit, le troupeau guidé par sa main.

Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ? 

« Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi,

où vos pères m'ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit.

« Quarante ans leur génération m'a déçu, + et j'ai dit : Ce peuple a le coeur égaré, il n'a pas connu mes chemins.

Dans ma colère, j'en ai fait le serment : Jamais ils n'entreront dans mon repos. »


 

Matin après matin, le psaume 95 (94) est le premier psaume prié le matin par une multitude de priants. Il est comme une porte par laquelle passer pour entrer dans sa journée.

« Cinquante ans. Voilà cinquante ans que chaque matin je me laisse prendre par la main par le psaume 95 ( 94) et qu’il me conduit vers ma journée. Il ouvre devant moi un large passage où je fais mes premiers pas dans un jour nouveau. Il m’est une porte qui m’ouvre sur le soleil.

Tant de fois je n’ai pas dépassé la première strophe, le premier vers, ou même le premier mot. Dès qu’il me parlait, je m’arrêtais et j’y demeurais longuement. Au fil de tant d’années, chaque verset, chaque mot m’a livré un secret. La fabuleuse richesse de ce psaume s’est lentement dévoilée par cumuls d’intuitions, d’associations, de fulgurances… » (Paul André Giguère - théologien québécois)

 

 

 

Les commentaires qui suivent sont extraits de son livre « Le psaume du matin - Venez, crions de joie. »

 

Venez : il y a des matins où l’on a pas envie de sortir du lit et où prier ne dit absolument rien. Des matins gris, des matins tristes, des matins sombres. Ces matins-là n’est-il pas salutaire que quelqu’un vienne nous bousculer et nous lance de l’extérieur un appel à la vie ? Que quelqu’un nous dise : « Allez, viens ! »

Dès son premier mot : « Venez », ce psaume 95 (94) se révèle approprié pour la prière du matin. Il est une invitation pressante : « Debout ! Bougez-vous, vivez ! Voici un nouveau jour offert à votre soif et à votre courage. Laissez-vous emporter ! Une grande invitation à entrer dans la journée en acceptant de ne pas tout contrôler ? »

« Venez » : quel élargissement de la conscience que de se relier, même quand on prie seul, à toutes les autres personnes qui prient au même moment, quelle que soit leur prière et le nom qu’elles donnent à Dieu ? Oui, ce sont aussi tous ces pèlerins de l’absolu qui nous lancent : « Venez ! Venez au tout début de votre journée, vous joindre à nous un moment par la prière. »

Prendre l’habitude d’entendre à son réveil ce « Venez vivre pleinement » change peu à peu la manière même de vivre les gestes machinaux, qui acquièrent alors la densité de gestes de vie et d’amour.

Ce n’est pas d’abord en étudiant la Bible, mais en s’y arrêtant régulièrement pendant de longues minutes, durant des mois et des années, et en les ruminant longuement, qu’on découvre la profondeur de sens d’un seul mot.

Un rapprochement très important avec un autre « Venez » peut encore être fait. Il s’agit d’un texte absolument essentiel dans la foi judéo-chrétienne : l’appel d’Abraham. « Yhwh dit à Abram : pars de ton pays, de ta famille, de la maison de ton père -Gn 12, 1). En hébreu « venir » et « partir » sont exactement le même verbe. On peut traduire ce que Dieu dit à Abram par : « ta vie n’est pas finie, mets-toi en route ! Sois mobile ! Avance, va plus loin ! Ailleurs !» Mais quel ailleurs ? le texte de la genèse présente deux réponses. La première : « Va vers toi, va pour toi, dirige-toi vers ta vérité d’homme ou de femme ! » La deuxième réponse à la question de l’ailleurs est : « le pays que je te ferai voir, que je te montrerai, que je t’indiquerai. » Quelle indétermination ! Qui peut savoir ce que lui réserve la journée qui commence ?

Un autre rapprochement peut encore être fait. Un autre « venez » est adressé à deux hommes en recherche spirituelle. L’un d’eux est André. Jean-Baptiste leur a indiqué un inconnu qui marchait un peu plus loin et qui leur a dit : « Venez et voyez ! » (Jn 1, 39)

 

« Entrez » : il m’arrive d’y entendre comme une invitation de Dieu lui-même, semblable à celle que nous lançons à quiconque frappe à notre porte : « Mais, entrez voyons ! »Entrez, venez vivre là où je vis, dit le Dieu qui ne demeure pas inaccessible mais a établi sa demeure parmi les humains. Venez partager ma vie, entrez, je vous attends. Je désire votre présence !

Dans cet impératif, ce commandement, j’entends beaucoup d’amour.

Le Venez du début du psaume est un appel et la destination est indéterminée. Cette indétermination libère : la créativité, la rencontre, l’engagement, ça peut se vivre partout. Aimer, prier, ça peut être vécu partout et par tout le monde. Entrez ! est différent. On entre toujours quelque part, entrez suggère qu’il y a un dehors et un dedans, un extérieur et un intérieur, et donc un passage.

Quel est ce dehors et ce dedans ? Croyante ou pas, chaque personne attentive peut entendre l’appel matinal non seulement à venir reprendre le cours extérieur de sa vie, mais à pénétrer à l’intérieur d’elle-même, cet intérieur à partir duquel le regard sur l’extérieur s’exerce affiné, pénétrant et plein de compassion pour l’être humain. La vie moderne est si trépidante, les sollicitations extérieures sont si omniprésentes qu’on a bien besoin d’un rappel constant, quotidien, de cet être intérieur, de sa singularité et de sa richesse profonde. Ce dont il est ici question c’est de la présence à soi-même et aussi à la mystérieuse Présence qui est la source de l’être et de la vie, la source de mon être et de ma vie.

La personne qui prie est aussi invitée à entrer dans la foi biblique, celle de la reconnaissance et de l’accueil d’une révélation bouleversante dont le Dieu créateur et le « grand roi » a pris l’initiative…


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