Atelier 3 : La Samaritaine (Jn 4, 4 - 41)


Jésus arrive à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.

Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.

 

Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »

– En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.

 

La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.

 

Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

 

Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?

Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »

 

Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »

 

La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

 

Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »

 

La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. »

 

Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »

 

La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !.Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »

 

Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »

 

La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »

 

Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

 

 

 

 

À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »

 

 

La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »

Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.

 

 

 

 

 

 

Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »

Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »

Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »

 

 

 

 

 

 

Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.”Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »

 

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »

Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.

Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

 

 

 


Au plus fort du jour, au bord d’un puits célèbre, Jésus demande à boire. Au même moment, une femme s’approche ; elle aussi a besoin d’eau. Un dialogue s’installe, entraînant, rebondissant comme le torrent sur les pierres. 
Le récit de Jean déborde le cadre strict du dialogue entre Jésus et la Samaritaine (v.4-26). Il se prolonge dans un deuxième dialogue entre Jésus et ses disciples (v.27-38), puis trouve son accomplissement dans une troisième séquence où les Samaritains sont associés (v.39-42). Là est le point d'orgue du récit. Le texte s'articule ainsi en trois parties, soigneusement liées l’une à l’autre. 
Une rencontre fortuite
Jésus quitte la Judée pour la Galilée et se trouve contraint de traverser la Samarie. Cette première notation nous informe sur le caractère fortuit de la rencontre à venir. Les deux personnages de l'histoire viennent au puits poussés par la soif. Jésus, arrivé le premier, est fatigué de sa route. La femme vient chercher l’eau nécessaire à ses occupations quotidiennes. Les premiers mots de la femme, en réponse à la demande de Jésus ''Donne-moi à boire'' (v.7), semblent contester la possibilité même d'un dialogue : ''Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !'' Normalement, un Juif pieux devrait s'abstenir de demander de la nourriture à un Samaritain et, en plus, ne devrait pas adresser publiquement la parole à une femme. Les statuts sociaux respectifs des deux personnages pèsent donc sur le dialogue. Plus tard, les disciples s'étonneront d'ailleurs de ce que Jésus parle seul à seul avec une femme (v.27). 
Premier malentendu
Dans la première partie (v.7 à 26), un malentendu va d'abord s'installer sur l'eau, réalité quotidienne de première importance, mais aussi image biblique des dons de Dieu. Dans les v.7 à 15, la question est de savoir de quelle eau il s’agit. On découvre peu à peu que Jésus, premier demandeur, est en réalité déjà possesseur de ''1'eau vivante'', celle qui deviendra ''une source jaillissant en vie éternelle'' (v.14). La femme, habituée à puiser 1'eau ordinaire du puits, voit grandir en elle le désir de posséder l’eau véritable que Jésus peut donner. Celle qui croit donner recevra, celui qui demande est déjà possesseur : tel est l’effet de surprise de ce premier temps du récit.
Le Messie ?
La découverte progressive de l’identité de Jésus est l'un des fils rouges de l'échange. Jésus, reconnu par la femme comme un Juif bien peu ordinaire (il ose parler avec une étrangère), excite la curiosité de la femme en disant ''Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dis…'' (v.10). Le dialogue qui suit permet, tantôt à l’initiative de la femme, tantôt à celle de Jésus, d’entrer dans la révélation de cette identité.
La femme fait le parallèle entre Jésus et le patriarche Jacob : ''Serais-tu plus grand que notre père Jacob ?'' (v.12). Remarque ironique ? Étonnement ? Jésus l'intrigue, elle va chercher à mieux le connaître. Le dialogue qui s’installe ensuite sur les maris, au cours duquel Jésus lui fait remarquer qu’elle en a eu cinq, est occasion de progresser dans la découverte : ''Tu es un prophète'' (v.19). Enfin, comme pour donner suite au développement de Jésus sur les vrais adorateurs (v.21-24), la femme évoque, sur le mode interrogatif, l’attente du Messie qui ''viendra annoncer toutes choses''. Jésus peut alors conclure : ''Je le suis...'' (v.26). Est-ce parce qu'elle vient d'être comblée de l'eau vive ? La femme retourne au village en laissant sa cruche désormais inutile…

Deuxième malentendu
Par contraste avec la première partie, la deuxième (v.27-38) montre l’incapacité des disciples, pourtant Juifs comme Jésus, à nommer vraiment celui-ci. Même s’ils se montrent respectueux envers lui en n’osant pas l’interroger, ils ne l’appellent que ''Rabbi'', c’est à dire ''maître'', titre courant partagé avec d'autres spécialistes de la Loi. Cette deuxième partie, pendant laquelle la femme, désormais sortie du récit, pourra alerter son entourage, nous entraîne sur un second malentendu, ayant cette fois pour objet la ''véritable nourriture''. Les disciples, soucieux que Jésus mange (ils s'étaient déplacés pour cela) comprennent mal qu’il ait déjà été nourri. Nourri de quoi ? De la volonté de son Père, dit Jésus (v.34) ! Dans la transformation de la femme, n'a-t-il pas réalisé cette volonté ?
Suit un long monologue sur les liens qui existent entre les semeurs et les moissonneurs (v.35-39). Les disciples n'interviennent pas. Pourquoi Jésus parle-t-il de moisson ? À quel événement futur cela nous renvoie-t-il ? Cette peine est-elle celle des prophètes de l’ancien temps ou celle de Jésus ? L’indication de la fatigue de celui-ci au début du récit pourrait bien prendre alors un sens nouveau, de type allégorique : c'est pour l'œuvre du Père que Jésus peine. Il a semé – en Galilée, à Jérusalem –, et l'extraordinaire moisson arrive là où on ne l'attendait pas : en Samarie…
Le Sauveur du monde
La troisième et dernière partie du récit est brève et spectaculaire (v.39-42). La parole de salut se propage. Partie du témoignage de la femme, elle se déploie en dehors d'elle. Les Samaritains ont en effet directement accès à la personne de Jésus. Or celui-ci n'est-il pas la Parole même de Dieu ? Une parole qui demeure deux jours chez eux. Forts de cette relation personnelle, ils peuvent maintenant poser un acte de foi. Dorénavant, non seulement une femme de Samarie, mais de multiples Samaritains savent et proclament que Jésus est ''le Sauveur du monde.'' Tel est le dernier et sans doute le plus important des titres que ce récit attribue à Jésus.


La Samaritaine ou le désir de Dieu

 

Qui sont ces cinq maris ?

Le texte parle bien de cinq maris. Mais encore ? Des vrais maris qui partagent le lit conjugal ? Rien ne le dit. Des maris symboliques, de type religieux ? Ah voila qui devient plus subtil et intéressant. Peut-on trancher entre les deux interprétations ? Non. Tels sont les grands récits : ils entrainent vers des sens multiples. Et ils attendent du lecteur qu’ils recherchent la cohérence du récit.

D’évidence, ce récit de la Samaritaine est centré sur des problèmes théologiques. Il y est question du désir de Dieu, assimilé à une eau vive, et du lieu et de la modalité du culte de Dieu.

La première question du lecteur est de se demander que viennent faire, en plein milieu, cet ordre saugrenu de Jésus : « Va, appelle ton mari et reviens ici ! », et cette information étonnante « car tu as eu cinq maris » ?

Comment ces deux phrases font-elles avancer le récit, sinon parce qu’elles mettent en scène des maris particuliers qui, pour rester homogènes au récit, doivent être des maris « théologiques » et au nombre de cinq ?

La thèse qui permet de surmonter ce risque d’incohérence est donc que les cinq maris ne sont pas des hommes, mais qu’ils sont les divinités païennes jadis importées en Samarie et « offertes » à la dévotion des habitants.

 

Pourtant il ne suffit pas de souligner dans cet échange au sujet des maris le langage codé des deux partenaires et la charge symbolique qu’ils donnent aux noces. Il faut aussi remarquer la simplicité et l’efficacité du propos de Jésus. « Seigneur, donne-moi de cette eau » venait juste de demander la femme. Contrairement à ce qu’affirment trop souvent les commentateurs, Jésus ne la juge pas et ne lui fait pas une leçon de morale. Il ne fait rien d’autre que lui répondre : « Oui, je te donnerai l’eau jaillissant en vie éternelle … si la question de ton vrai désir religieux est élucidée ».

Il cherche à répondre en vérité à cette femme assoiffée, en lui rappelant les conditions de son libre choix : si elle demande à boire, c’est qu’elle a encore soif, c’est que son lien religieux actuel ne la satisfait pas. N’oublions pas le lien thématique qui existe entre les trois termes : « soif », « mari » et « désir religieux ». Les maris théologiques doivent apaiser le désir religieux qu’exprime la soif spirituelle.

 

Si Jean a ainsi recours à l’histoire et à la réputation sulfureuse de la Samarie, c’est pour suggérer que son héroïne n’est pas seulement une habitante précise mais qu’elle est la personnification de la Samarie compromise avec l’idolâtrie.

Déjà l’absence de nom propre attribué à la femme intrigue. Mais Jean est un grand utilisateur de ces personnages anonymes auxquels il donne une dimension symbolique. C’est donc la Samarie tout entière, passée et présente, qui vient au puits de Jacob.

 

(Extrait du livre : « Douze femmes dans la vie de Jésus » d’Anne Soupa)

 

 


Origène : Le puits des Ecritures

 

Avec cette série "En parcourant l'Ecriture", nous voudrions à nouveau vous faire partager les richesses de la littérature patristique et nous vous proposons de découvrir cette fois les écrits d'Origène avec ses Homélies sur la Genèse.

Voici aujourd'hui un extrait de la 10ème homélie, sur Rebecca (Gn 24)

 

Rébecca, dit l'Ecriture, venait puiser de l'eau au puits avec les jeunes filles de la ville. " Chaque jour, Rébecca allait aux puits, chaque jour, elle puisait de l'eau. C'est à cela qu'elle dut de rencontrer le serviteur d'Abraham et d'épouser Isaac.

Peut-être pensez-vous que ce sont là des fables et que, dans les Écritures, l'Esprit Saint conte des histoires. Mais il y a là une science et un enseignement spirituels pour les âmes. Vous vous y formez et vous y apprenez à venir chaque jour aux puits des Écritures, aux eaux de l'Esprit Saint, à y puiser sans cesse et à en rapporter chez vous une pleine mesure.

Ainsi faisait sainte Rébecca, et elle n'aurait pu épouser le grand patriarche Isaac, " né en vertu de la promesse ", sans avoir puisé de l'eau, — sans en avoir puisé une quantité telle qu'elle pût donner à boire non seulement à ceux de sa maison, mais encore au serviteur d'Abraham, — et non seulement donner à boire au serviteur d'Abraham, mais abreuver encore ses chameaux "jusqu'à ce qu'ils cessent de boire ", dit l'Ecriture, — tant était abondante l'eau que Rébecca avait tirée du puits.

Tout est mystère, de ce qui est dans l'Ecriture. Le Christ veut vous fiancer à lui, vous aussi. C'est à vous qu'il s'adresse par les prophètes, quand il dit : " Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi dans la fidélité et la miséricorde et tu connaîtras le Seigneur. " Voulant donc vous fiancer à lui, le Christ vous envoie un serviteur. Ce serviteur, c'est la parole inspirée : sans l'avoir reçue, vous ne pouvez épouser le Christ. [...]

Le serviteur s'était dit en lui-même : " Celle qui me dira, parmi ces jeunes filles qui viennent puiser de l'eau : bois, puis j'abreuverai tes chameaux, celle-là sera l'épouse de mon maître. " — Alors Rébecca — ce nom signifie " patience " — dès qu'elle eut vu le serviteur, dès qu'elle aperçut la parole inspirée, " abaissa la cruche " qu'elle tenait sur l'épaule. Elle abaissa, en effet, la prétention hautaine de l'éloquence grecque et, s'inclinant vers l'humilité et la simplicité du langage inspiré, elle dit : " Bois, puis j'abreuverai tes chameaux. "

— Vous direz peut-être : si le serviteur représente la parole inspirée, comment se fait-il que Rébecca lui donne à boire, quand c'est plutôt lui qui devrait le faire ? Mais prenez garde : il fait comme le Seigneur Jésus. Le Seigneur Jésus est " le pain de vie " et nourrit les âmes qui ont faim, pourtant il déclare qu'il a faim lui aussi, quand il dit : " J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger. " — De même, il est " l'eau vive " et donne à boire à tous ceux qui ont soif, pourtant il dit lui-même à la Samaritaine : " Donne-moi à boire. "

Semblablement, la parole inspirée désaltère ceux qui ont soif, et pourtant on peut dire que ce sont ces derniers qui lui donnent à boire, quand elle est l'objet de la pratique et de l'étude de ceux qui s'intéressent à elle. Une âme qui fait ainsi tout avec patience, qui est entièrement disponible, qui s'applique à une connaissance si élevée et qui a pour règle d'aller au plus profond puiser les eaux de la science, une telle âme peut être prise par le Christ en mariage.

Par conséquent, si vous ne vous rendez pas aux puits tous les jours, si vous ne puisez pas de l'eau tous les jours, loin de pouvoir donner à boire aux autres, vous endurerez vous-mêmes " la soif de la parole de Dieu ". Ecoutez ce que dit le Seigneur dans les Évangiles : " Celui qui a soif, qu'il vienne et qu'il boive ! " [...]

" Et voici, dit l'Ecriture, qu'elle sortit vers le soir pour puiser de l'eau. " [...]

Rébecca s'en va donc à l'eau le soir. " Tout à l'heure nous avons déjà parlé du soir. Mais remarquez la prudence du serviteur : il ne veut amener comme épouse à son maître Isaac qu'une vierge parée et qui a beau visage. Il ne lui suffit pas que ce soit une vierge, il faut aussi qu'aucun homme ne l'ait connue et qu'il la trouve en train de puiser de l'eau, car il ne veut pas en fiancer une autre à son maître.

Elle est simple dans sa toilette, sans apprêt, sans raffinement, et le serviteur ne lui donne de parures, " boucles d'oreilles et bracelets " que parce qu'elle est telle.

Faut-il penser que le père de Rébecca, riche certes, n'avait pas de bracelets ni de boucles d'oreilles à faire porter à sa fille ? Avait-il tant d'insouciance ou d'avarice pour ne point lui donner de parures ? C'est que Rébecca ne veut pas se parer de l'or de Bathuel : les parures d'un barbare et d'un ignorant ne lui conviennent pas. Mais elle cherche ses bijoux dans la maison d'Abraham, parce que la " patience " trouve sa parure dans la maison du sage.

Les oreilles de Rébecca n'auraient donc pas trouvé leur beauté si le serviteur d'Abraham n'était venu les embellir, et ses mains ne reçoivent d'autres parures que celles qu'a envoyées Isaac. Car elle veut recevoir dans ses oreilles des paroles d'or et tenir dans ses mains des actions toutes d'or. Mais elle n'aurait pu ni recevoir ni mériter tout cela, si elle n'était venue auparavant puiser de l'eau aux puits. Vous donc, qui ne voulez pas venir près des eaux, qui ne voulez pas recevoir dans les oreilles les paroles d'or des Prophètes, comment pourrez-vous porter la parure de la doctrine, la parure des œuvres, la parure de la vie ?

— Mais passons ! Car, actuellement, ce n'est pas le moment de commenter, mais d'édifier l'Eglise de Dieu et de remuer les auditeurs inertes et nonchalants par les exemples des saints et les explications mystiques.

Donc Rébecca, en suivant le serviteur, arrive chez Isaac, — comme l'Eglise, en suivant la parole inspirée, arrive au Christ. Et où le trouve-t-elle ? " Près du puits du serment, dit l'Ecriture, alors qu'il se promenait. "

Ainsi, en aucun cas, on ne s'éloigne des puits, en aucun cas, on ne cesse de puiser de l'eau. C'est près d'un puits que l'on trouve Rébecca. C'est près d'un puits qu'elle, à son tour, trouve Isaac. C'est là qu'elle l'aperçoit pour la première fois, c'est là qu'elle " saute de son chameau ", c'est là qu'elle voit Isaac que lui désigne le serviteur. Peut-être pensez-vous que l'Ecriture ne s'en tient qu'à cela sur les puits ? Mais c'est à un puits aussi que vient Jacob et qu'il trouve Rachel, c'est là que Rachel lui paraît " belle de taille et belle de visage ". C'est encore près d'un puits que Moïse trouve Séphora, fille de Raguel.

Tout cela ne vous frappe-t-il pas et ne comprenez-vous pas que cela a un sens spirituel ? Vous croyez peut-être que c'est un hasard si les Patriarches viennent toujours à des puits et si leurs unions se contractent toujours au bord des eaux ? Quiconque se l'imagine est " l'homme animal qui ne perçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu ". En reste là qui voudra, demeure " animal " qui voudra. Pour moi, à la suite de l'Apôtre Paul, je dis que ces choses sont " allégoriques ", et je dis que les noces des saints représentent l'union de l'âme avec le Verbe de Dieu, car " celui qui s'unit au Seigneur est un seul esprit avec lui ".

Quant à cette union de l'âme avec le Verbe, il est certain qu'elle ne peut se réaliser que par l'étude des Livres Saints, qui sont des puits, selon leur appellation figurée. Quiconque vient à ces puits et y puise de l'eau, c'est-à-dire quiconque, méditant l'Ecriture, en approfondit le sens, aura des noces dignes de Dieu, car son âme est unie avec Dieu. Celui-là descend aussi de son chameau, c'est-à-dire qu'il se défait de ses vices, rejette ses instincts déraisonnables, et s'unit à Isaac, car il convient qu'Isaac s'avance de " vertu en vertu ". Le fils de la " vertu " qui est Sara se lie et s'unit maintenant à la " patience " qui est Rébecca, car c'est en cela que consiste le passage " de la vertu à la vertu " et " de la foi à la foi ".

Mais venons-en aux Évangiles. Quand le Seigneur lui-même " est fatigué de marcher ", voyons, où cherche-t-il le repos ? — " Il arriva près d'un puits, dit l'Ecriture, et il s'assit sur le bord ".

Vous le voyez, partout les mystères se répondent, il y a accord des figures entre le Nouveau et l'Ancien Testament. Dans l'Ancien, c'est aux puits et à leurs eaux que l'on se rend pour trouver des épouses, et c'est dans le bain de l'eau que l'Eglise s'unit au Christ.

Voyez quel poids de mystères nous accable ! Ils se présentent si nombreux que nous ne pouvons les expliquer. Du moins doivent-ils vous exciter à écouter et à venir aux assemblées. Ainsi, même si nous passons trop vite sur quelques-uns, vous pourrez, lorsque vous y reviendrez et que vous vous y appliquerez, faire la lumière et trouver par vous-mêmes. Puissiez-vous au moins persévérer dans la recherche, afin que le Verbe de Dieu, vous trouvant vous aussi près de l'eau, vous prenne et vous unisse à lui, pour devenir avec lui " un seul esprit " dans le Christ Jésus Notre Seigneur, " à qui sont la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ". 


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